Le
prof répond à chaque semaine à au moins une
question de fond d’un étudiant en plus de répondre
à celles posées sur le forum de la classe. Les étudiants
sont ainsi en contact régulier avec lui.
Voici
ci-dessous le type de questions auxquelles répond le prof
:
Bonjour M. Chiasson,
Je lis avec beaucoup d'intérêt vos chroniques dans le journal
Le Devoir depuis quelques années. En fait, vos conseils m'ont
permis de faire mon entrée dans le monde du placement direct.
À l'automne 2003, nous avons décidé de reporter l'achat d'une
maison et, comme j'avais un montant d'argent assez important à
placer, j'ai ouvert un compte avec un courtier à escompte et j'ai
suivi vos conseils de placement. Je me suis abonné à une lettre
financière (tel que vous le recommandez) soit "Investment
Reporter". J'ai appliqué un mélange de vos recommandations
de placement et de ceux de ma lettre financière. Je vous écris
maintenant pour avoir votre opinion sur la composition
de mon portefeuille.
Voici quelques détails financiers à mon sujet: Mon revenu
annuel: 165 000 $ (salaire de base 125 000 $ + heures
supplémentaires). Ma conjointe: 25 000 $.
Je cotise à un fonds de pension qui me donnera 60 %
de mon salaire brut (qui sera de 140 000 $ dans trois ans) puisque
je compte cesser de travailler lorsque j'aurai atteint 30 années
de service, soit dans 8 ans, à l'âge de 56 ans.
Ma conjointe travaille depuis quatre ans et recevra alors
une maigre pension de son employeur (gouvernement). Elle possède
deux REER. L'un (au conjoint :
c'est-à-dire que c'est moi qui a cotisé dans son REER) d'une valeur actuelle
d'environ 65 000 $ au contenu suivant: 15 000 $ de fonds
mutuels, 25 000 $ de fonds de travailleur FTQ, et 25 000 $ d'obligations
avec Placements Québec. Ma conjointe possède un REER de 4 000
$ et elle cotise son maximum à chaque année soit 2 000 $.
Il s'agit d'achat d'obligations avec Placements Québec.
Hors REER: ma conjointe possède un CPG de 40 000 $ et le
reste, soit 25 000 $ chez ING direct.
Notre maison d'une valeur approximative de 170 000
$ est libre d'hypothèque, et nous n'avons aucune dette.
Nous avons quatre enfants, l'aînée à l'université, mais possédons
un REEE d'une valeur d'environ 40 000 $ placée dans des fonds
mutuels en grande majorité dans des fonds de revenus et d'obligations.
Je possède 40 000 $ chez ING direct et mon portefeuille
d'actions d'une valeur actuelle de 158 000 $ se compose des
titres suivants que j'ai accumulés au fil des mois depuis deux
ans:
BCE:
10%
DOFASCO:
9%
ENBRIDGE:
14%
GAZ MÉTRO:
7%
LOBLAW:
5%
MANULIFE:
8%
PETRO-CDA:
6%
POWER CORP:
7%
REITMANS:
6%
BANQUE ROYALE: 14%
SICO:
5%
TRANSCONTINENTAL: 6%
Je suis assez satisfait du rendement de mon portefeuille,
même si j'ai eu moins de chances avec quelques uns de mes achats
en 2005 ( SIC, TCL.SV.A, POW.SV). J'aimerais donc connaître votre
avis sur la composition de mon portefeuille. Selon vous, suis-je
trop diversifié inutilement ? Est-ce que je détiens trop de titres
par rapport à la valeur totale du portefeuille ?
Comme vous le recommandez, je choisis toujours des titres
de compagnies ayant un historique d'augmentation régulière du
dividende et, à l'intérieur de mon portefeuille, certains des
dividendes sont réinvestis (BCE, RY, ENB). Je n'ai pas besoin
des revenus de dividendes pour vivre. Devrais-je aller vers
plus de titres de croissance? C'est ce qui j'ai tenté avec
TCL et SIC, mais pour l'instant ces choix ne sont pas très encourageants.
J'aime bien lire "The Investment Reporter", mais
lorsque cet abonnement sera échu, je pense m'inscrire à votre
classe Internet. Croyez-vous que je pourrais bénéficier de votre
classe puisque je considère que mes connaissances de bases sont
assez bonnes pour me permettre d'investir par moi-même dans le
genre de titres que je préconise ? Je n'investis jamais dans quelque
chose que je ne connais pas. Par contre la lettre financière ne
m'oblige pas à lire les rapports financiers des compagnies, ce
que je trouve un peu ardu et ennuyant, je préfère lire le résumé
dans la publication. Je suis très conscient que les valeurs que
nous détenons ma conjointe et moi nous placent dans une situation
assez privilégiée dans la société. J'apprécie beaucoup cette indépendance
financière et je tente de l'enseigner à nos enfants.
Je m'occupe également de la gestion du portefeuille de ma
mère d'une valeur de 620 000 $, composé à 70% de titres à
revenus fixes et à 30% d'actions. Je suis également assez satisfait
du rendement des actions que j'ai acquises dans ce portefeuille
depuis deux ans. J'applique le même principe que pour mon compte
mais avec moins de titres de croissance. Je privilégie des titres
à revenus plus stables, (ex: EMA, ENB, TRP, IGM etc.)
Merci de votre temps et de vos judicieux conseils dont j'apprécie
beaucoup la lecture dans le journal.
J.G.
Laval
Bravo ! Belle initiative
de votre part que d'avoir pris en main vos finances et celle de
la famille. Les connaissances ainsi acquises, vous pourrez les
transférer à vos enfants pour qu'eux aussi, en s'intéressant tôt
dans leur vie au placement, puisse goûter au plaisir de l'indépendance
financière dès la jeune quarantaine, chose fort accessible pour
qui apprend à investir et non à jouer à la Bourse.
Revenons maintenant à
votre portefeuille, celui de 158 000 $ composé d'actions
de dix entreprises.
En fait, les titres de
huit grandes entreprises au bilan solide, lucratives et dominant
leur marché suffisent amplement pour construire son portefeuille
d'actions, la vie durant. Les entreprises doivent être choisies
de sorte à vous faire participer à au moins quatre secteurs
clés de notre économie.
Votre portefeuille compte
les titres de dix entreprises et, comme vous semblez l'avoir constaté,
les titres des deux sociétés de croissance sont de trop. Pour
ce qui est du coeur du portefeuille, tenez-vous en aux entreprises
montrant un historique impeccable sur ce plan. Le dividende constitue
la partie tangible du rendement à long terme de vos placements.
Les compagnies choisies
de votre portefeuille vous permettent de participer à cinq secteurs
clés : les services financiers, les biens de consommation
essentiels, l'énergie, les télécommunications et le secteur industriel
(Dofasco qui est actuellement la cible d'une offre d'acquisition).
Reitmans vous donne une exposition au secteur des ventes générales
au détail que, pour ma part, je n'affectionne pas trop. Je lui
préfère celui des biens de consommation essentiels (boissons,
médicaments, alimentations) dont la nature des activités n'est
pas aussi cyclique. A ce sujet, Loblaw, le géant de notre secteur
de l'alimentation, tire une part de plus en plus importante de
ses revenus de la vente au détail de produits généraux ce qui
risque d'altérer le caractère autrefois défensif de ses activités.
Aux cinq secteurs clés
précédents, vous pourriez ajouter éventuellement celui de l'or,
question de vous protéger quelque peu contre un retour possible
de l'inflation d'ici quelques années.
Dans huit ans, au moment
de prendre votre retraite, vous recevrez une rente très élevée
vu votre salaire actuel de plus de 120 000 $ et vu les excellentes
conditions de la caisse de retraite de votre employeur. Une rente
annuelle qui dépassera probablement 75 000 $. En multipliant
cette rente par neuf, cela vous donne une idée approximative de
sa valeur actuelle, soit 702 000 $ avant impôt. En supposant
un taux d'impôt effectif moyen de 40 %, la valeur actuelle après
impôt de votre rente s'élève à près de 421 000 $. Cette
valeur ajoutée à celle de 509 000 $ de vos autres éléments
d'actif (maison comprise) donne un avoir net familial de 930 000
$ ce qui vous assure déjà d'une retraite aisée à 56 ans.
En dépit de cet avoir confortable, profitez du fait que vous vous
trouvez dans la phase la plus lucrative de votre vie active pour
au moins épargner 12 % de votre revenu familial pour les huit
prochaines années. Cette épargne peut essentiellement être investie
dans les actions de grandes compagnies. La raison : votre
rente (je présume ici qu'elle est bien capitalisée) tient lieu
de titres à revenus fixes de bonne qualité.
Autre point à considérer :
la répartition de l'actif entre conjoint. Étant le récipiendaire
de la rente, vos revenus à la retraite seront passablement plus
élevés que ceux de votre épouse. Afin d'obtenir un meilleur partage
des revenus entre vous et votre conjointe, vous devriez prendre
des mesures de sorte à ce que ce soit cette dernière qui
réalise les revenus de placement. Pour ce faire, vous pourriez
effectuer en faveur de votre conjointe un prêt dont elle utilisera
le produit pour acheter les actions à dividendes. Certes les règles
d'attribution entre conjoints veulent que les revenus de placement
en question soient attribués au conjoint d'où origine le prêt
et qu'ils soient donc imposés en son nom. Cela est cependant vrai
jusqu'à la hauteur des revenus de placements correspondant au
taux prescrit exigé par le fisc. Or, ce taux prescrit est relativement
faible et se situe à 3 % tant au fédéral qu'au provincial.
Tout revenu de placement réalisé au-dessus de ce taux prescrit
sera imposé au nom de votre conjoint et non au vôtre. Vous pouvez considérer ici faire un prêt en faveur de votre conjoint
au taux actuel prescrit pour la durée du prêt qui peut être de
très longue durée. Je vous invite
ici à consulter un fiscaliste pour en savoir plus sur ce
point.
Enfin, à propos de ma classe de placement Internet, elle est parfaitement
adaptée pour quiconque désire construire comme vous son portefeuille
de titres sur des bases solides.